Ce sont de simples cailloux qui ont donné son nom au vignoble. Des quartz rouges et blancs, des jaspes, des sortes d’*agates*, des silex composent l’armée des Graves. Les glaciers venus des Pyrénées dévalèrent la pente en suivant le cours de la rivière. Après l’ère glaciale, la fonte des neiges, les cailloux restèrent à la surface. Bien entendu, tout n’est pas uniforme, les graves qui peuvent s’entasser sur une vingtaine de centimètres à plus de 3 mètres reposent sur des argiles, du sable mou ou compacté, du calcaire en créant un terroir aux innombrables facettes. Aujourd’hui, le vignoble des Graves couvre près de 3900 hectares dont 1100 réservés au vin blanc. Si le blanc fut longtemps dominateur, un certain désenchantement, des ventes plus difficiles ont forcé les vignerons à changer de couleur. Les blancs qui représentaient 33% de la production en 1992 se situent aujourd’hui à moins de 20%. La marée semble à l’étal mais certains signes semblent annoncer un renouveau des blancs.
« A Bordeaux, tous les vins sont bons à condition qu’ils soient rouges. » Longtemps la messe fut dite sur le quai des Chartrons. A l’exception de quelques seigneurs, les vins blancs secs ne tenaient pas le haut du pavé dans la sensibilité bordelaise. Trop souvent vendangés avant une maturité convenable, les raisins donnaient des vins verts et sans éclat étouffés par une acidité stridente. Voilà 25 ans, Denis Dubourdieu, professeur à la Faculté Œnologie de Bordeaux se penchait sur le problème. Des voyages en Bourgogne lui servirent de bases de réflexion pour une recherche expérimentale. Petit à petit, la méthode Dubourdieu a pris forme, elle mettait l’accent sur la maturité idéale et l’expression aromatique. Pour libérer les parfums, plusieurs techniques sont prescrites : la macération préfermentaire des raisins, la fermentation en barrique et l’élevage sur lies. Un bâtonnage régulier dans les barriques en remuant le vin pour remettre les lies en suspension permet aussi de nourrir le vin et de l’enrichir en arômes. Bien entendu, on trouve aussi des vignerons qui restent fidèles à la méthode classique et d’autres qui refusent l’usage du bois.
Graves, blanc de Bordeaux
A Bordeaux, tous les vins sont bons à condition qu’ils soient rouges, affirmait un dicton.
Un temps révolu. Dans les Graves du sud, des vignerons passionnés proposent des blancs débonnaires et confortables qui relient la rondeur à l’élégance.

LES GRAVES ?

Géométrie variable
La mémoire rapporte que la région faisait du sauternes au début du XXème siècle. Les Graves ont toujours eu un penchant pour le moelleux et la rondeur. La tradition avait d’ailleurs adopté le cépage sémillon, le même qu’à Sauternes pour façonner l’*identité des blancs*. Raisin généreux, il donne des vins dorés qui sentent le miel et s’expriment par une chair grasse et opulente. Trop molle ont jugé certains vignerons qui ont fait appel au sauvignon blanc pour donner des arômes herbacés, des notes de buis et de citron, de la tenue et de la fraîcheur au sémillant sémillon. Si bien des vignerons refusent la muscadelle pour sa santé fragile et son aversion du bois, d’autres en revanche saluent ses arômes délicats et son extrême finesse. Dernier arrivé dans le vignoble, le sauvignon gris, un raisin à la peau gris rose qui dessine des vins à la couleur vieil or exhalant des parfums de fruits exotiques.
Un terroir à l’humeur vagabonde, des assemblages personnels, des méthodes de vinification à géométrie variable et le talent des vignerons expliquent la diversité des vins blancs secs des Graves. Malgré tout, ils se rejoignent dans un style qui ne manque pas d’allure. Leur couleur évolue de l’or pâle à reflets verts au jaune pâle, les arômes déclinent des notes florales et d’herbes, des arômes d’agrumes, de fruits exotiques avec parfois une note mentholée. Corsés, charnus, souvent frais, ces blancs ne manquent ni d’élégance ni de gourmandise et les plus ambitieux développent leur complexité après plusieurs années de cave. Autant de vins qui donnent la main aux produits de la mer. Avec les huîtres, ils jouent sur la complémentarité, avec les poissons, ils apportent leur opulence. Et les graves peuvent aller plus loin en donnant de l’accent à des volailles aux cèpes ou des ris de veau grillés.
Un terroir à l’humeur vagabonde, des assemblages personnels, des méthodes de vinification à géométrie variable et le talent des vignerons expliquent la diversité des vins blancs secs des Graves. Malgré tout, ils se rejoignent dans un style qui ne manque pas d’allure. Leur couleur évolue de l’or pâle à reflets verts au jaune pâle, les arômes déclinent des notes florales et d’herbes, des arômes d’agrumes, de fruits exotiques avec parfois une note mentholée. Corsés, charnus, souvent frais, ces blancs ne manquent ni d’élégance ni de gourmandise et les plus ambitieux développent leur complexité après plusieurs années de cave. Autant de vins qui donnent la main aux produits de la mer. Avec les huîtres, ils jouent sur la complémentarité, avec les poissons, ils apportent leur opulence. Et les graves peuvent aller plus loin en donnant de l’accent à des volailles aux cèpes ou des ris de veau grillés.

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