Comment imaginer que le paysage de Patrimonio fut le fond de la mer. Impossible, pourtant, les vignerons retrouvent souvent des fossiles de coquilles saint-jacques et de pétoncles quand ils défrichent le maquis pour planter de la vigne. Sur les coteaux du mont San Angelo, les sols se lisent facilement, ils se composent de calcaire et d’argile mêlés à des cailloux, la signature des vins de Patrimonio. Plus loin, au sud, des rares veines de « pierres bleues » donneront des rouges singuliers et remarquables.
Si vieux et si jeune. Le rouge moderne de Patrimonio a trouvé son style moderne dans les années 1930. Pourtant, les historiens font remarquer que le nielluciu, le cépage qui donne au vin sa couleur et sa personnalité aurait été introduit par les Pisans dès le XIème siècle. Il serait en effet originaire de la Toscane et aurait une parenté proche avec le sangiovese qui habille le chianti. Les vignerons l’aiment bien, il a l’humeur facile et s’adapte bien au calcaire. Et les amateurs ont du mal à résister à ce rouge singulier qui sent les fruits rouges, les épices et l’abricot dans sa jeunesse, le cuir et le ventre de lièvre dans sa maturité. Il présente une fraîcheur apéritive qui l’éloigne de toute mollesse et des tanins qui exigent un peu de patience pour calmer leur virilité naturelle.
L’appellation est précise : le nielluciu doit représenter au moins 90% du vin rouge. Certains vont jusqu’à 100% et les autres le complètent par le grenache et le siacarellu, le cépage d’Ajaccio. Aucun doute, le rouge demeure le vin vedette de l’Ile de Beauté. Le vignoble couvre 500 hectares mais certains font remarquer que le costume est un peu trop grand. « Le patrimonio ne devrait naître que sur les coteaux » clament justement les vignerons ambitieux. Comment ne pas les croire ?
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