« J’aime comparer le vin à la musique confie Guillaume de Castelnau, le régisseur du château des Jacques à Moulin à Vent. Dans les crus du Beaujolais, le sol fait briller le granite et le cépage gamay joue la partition. » Etrange rencontre, heureux mariage. Le gamay règne ici en maître et fait résonner les sables rouges, du granit décomposé qui lui donne ses fragrances et sa vitalité. Cette vieille roche arrivée par hasard lors d’une colère du Massif Central fait résonner un cépage aussi fantasque qu’indocile. Un raisin souvent mal-aimé et l’affaire ne date pas d’hier. Le 31 juillet 1395, Philippe Le Hardy, duc de Bourgogne ordonnait son arrachage jugeant « le vin de gamay de telle nature qu’il est moult nuisible à créature humaine… ». Fermez le ban. « Je pourrai dire des choses méchantes à son sujet enchaîne Gino Bertola du domaine du Granite. Il ne faut jamais hésiter à le faire souffrir, il doit en baver pour donner le meilleur de lui-même. » Il a toujours trop donné, c’est inscrit dans ses gènes » enchaîne le vigneron, « il faut tout mettre en œuvre pour tenter d’enrayer sa prodigalité. » Réduire les rendements a toujours été l’ambition des vignerons ambitieux qui plantent 12 000 pieds à l’hectare, plus que dans les grands crus classés de Bordeaux pour obtenir des vins plus riches et surtout plus complexes. Pourtant, le gamay se sent bien sur le granit rose et il n’a jamais pensé à conquérir le monde. Sur 33 000 hectares plantés sur la planète, 22 000 le sont dans le beaujolais. Et les crus racontent des vins chatoyants et jubilatoires, des rouges charmeurs et gourmands qui sentent les fruits rouges et les fleurs. Autant de vins immédiats, limpides et faciles qui favorisent le partage et mettent le bonheur dans les verres. Des rouges de plaisir à redécouvrir d’urgence, ils s’affichent à des prix modestes, si modestes qu’ils se situent parmi les meilleures affaires du vignoble hexagonal. Morgon le viril et moulin-à-vent l’aristocrate illustrent ainsi la convivialité en ventilant les infinies facettes du gamay.
MORGON : LA LOCOMOTIVE DU BEAUJOLAIS
Il n’a pas une mauvaise image le morgon chéri par les patrons de bons bistrots parisiens. Plus connu à Paris qu’à Lyon, il affiche une belle notoriété et s’affirme comme une des locomotives des crus du Beaujolais. Mieux, il n’en finit pas de progresser affirmant sa virilité naturelle par des vins qui n’hésitent plus à revendiquer leur terroir en cousinant avec les rouges bourguignons.
« Depuis 2000, les vignerons valorisent jouent les climats (une sélection de parcelles à la bourguignonne) confirme Dominique Piron. Le vignoble en avait besoin, il est très morcelé et souvent archaïque avec un système de métayage qui remonte au Moyen Age. » Pourtant les choses avancent sous la bannière de la Côte de Py… Par une épatante fantaisie, le terroir vedette de morgon adopte le dessin d’une entrecôte. « Le Py, c’est le puy auvergnat, le volcan éteint poursuit Dominique Piron. Un sol de basalte, des pierres bleues qui donnent tout leur tonus aux vins. » Pourtant, les chemins de la célèbre Côte sont piégeux et les vignerons ne cachent pas leur gêne devant l’évocation des climats de morgon. Plutôt que des terres privilégiées, il s’agit bien souvent de lieux-dits. « En effet, toutes les parcelles peuvent revendiquer un des six climats de l’appellation constate Patrick Bouland. Les délimitations figuraient bien dans la loi mais elles n’ont jamais été entérinées. Faudrait tout revoir et préciser les choses, mais bien des vignerons font blocage. » Autrement dit, ils tirent profit du flou artistique. Les amateurs savent bien que le terroir de la Côte de Py couvre l’ensemble de la colline et partant toutes les expositions, même les moins favorables. Les meilleures parcelles regardent vers l’Est comme Javernière justement revendiqué sur l’une des étiquettes de la famille Desvignes.
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