Christine Ferber – la fée confiture
 
 
 
Si elle est connue dans le monde entier, ce n’est pas dû au hasard mais à son immense talent.
Goûter une confiture, un chocolat ou un biscuit de Christine Ferber, c’est se sentir retomber en enfance.

 

par Marie-Caroline Malbec

400x467
150x180
Une mémoire emplie d’odeurs
Enfant, à Niedermorschwihr, son petit village alsacien, elle allait de la cuisine de son père boulanger-pâtissier à celle de sa grand-mère en passant par le verger, c’est sûrement à ce moment-là que sa mémoire s’est emplie de toutes les odeurs des fruits qu’elle nous restitue jour après jour dans ses créations.
Déjà, elle s’appliquait à fouetter une crème ou à surveiller la cuisson des confitures de l’autre, attentive au jardin, prête à cueillir les fruits au moment où ils allaient livrer le meilleur d ’eux-mêmes.
Aujourd’hui, elle confie de sa voix douce : « il faut comprendre la matière ». On comprend que cette grande dame du sucre s’y est attelée très tôt.
Quand on lui demandait « qu’est ce que tu veux faire quand tu seras grande ? », elle répondait, « voyager !». Son père lui disait alors « apprends le métier d’abord.»
A 12 ans elle se croit déjà pâtissière, grâce aux dimanches passés à préparer tartes, meringues ou éclairs au chocolat persuadée que le métier n’a plus de secrets pour elle.
Quand son père l’emmène voir une grande exposition sur le sucre, devant ces réalisations, elle découvre une dimension qu’elle ne soupçonnait pas : la part artistique assortie d’une implacable technique, c’est pour elle un choc, elle décide de faire une école de pâtisserie.
Trois ans à Bruxelles et la revoilà auprès de son père à 18 ans; inscrite au Championnat de France des jeunes pâtissiers, elle remporte la coupe.
Elle sait qu’elle a encore des choses à apprendre, elle obtient la permission de passer un an de plus loin de la maison familiale et entre chez Lucien Peltier, pâtissier à Paris, l’un des meilleurs de son époque. Elle va y rester une année à parfaire son apprentissage.
150x180
Un rêve transformé
De retour, son père lui passe le relais. Là, elle va laisser libre cours à sa nature créatrice.
Elle ne peut pas parcourir le globe ? Elle va voyager autrement. Elle vient de découvrir un monde sans frontières, celui des épices. Elle goûte, mélange fruits, épices, légumes, condiments, herbes et mendiants, cuit, confit, nappe, sucre, caramélise, goûte encore et encore et crée des confitures à nulles autres pareilles, Christine Ferber, la reine des confitures est née !
Cet appel du lointain qu’elle ressentait si fort depuis l’enfance va alors trouver de l’écho : le monde entier se précipite dans ce minuscule village, grand comme une tête d’épingle sur la carte de France, pour découvrir toutes ses créations sucrées : pains d’épices, chocolats, biscuits, gâteaux et toutes les spécialités alsaciennes.

 

Certains auraient perdu la tête devant un tel succès, auraient quitté leur village, se seraient installés dans une capitale – voire plusieurs -, digne de son talent, mais non notre alsacienne reste attachée à son pays, à son village, à sa famille, à son épicerie.
Si on lui demande pourquoi elle n’a rien changé à la boutique familiale, « C’était un lieu de rencontres et d’approvisionnement quotidien, c’est important dans un petit village, et c’est merveilleux d’observer la rencontre fortuite entre une voisine, venue en tablier chercher son journal et son pain, et des visiteurs du bout du monde venus acheter des confitures; c’est à la fois touchant et paradoxal, j’aime ce contraste. »

150x180
La fée-confiture
Un souvenir d’enfance ?
« Le dimanche toute la famille allait à la messe, sauf mon grand-père, il restait à la cuisine pour faire le lapin farci, je le regardais faire, j’étais émerveillée par ses gestes; et aussi bien sûr, cette merveilleuse ambiance, ces goûters : les fruits en bocaux accompagnés de petits sablés et de crème fouettée… C’était extraordinaire, on se sentait libres mais protégés, enveloppés de douceur et d’amour. »

Un conseil pour réussir ses confitures ?
« Je partage à cent pour cent l’avis de Jean-Pierre Coffe : il n’y a pas de confiture ratée. »

Une conclusion ?
« Face à la matière, on n’est rien, on se sent tout petit, la matière, tu ne la domptes pas, tu l’apprivoises seulement, il faut rester curieux, attentif et vigilant et surtout ne jamais cesser d’être surpris. »
Une bien jolie phrase, dictée par la sagesse, qu’on croirait tout droit sortie du Petit Prince de Saint Exupéry.