A quelques encablures de Blois, un vignoble de clairières aligne des vins intègres et fringants. Si cour-cheverny présente un blanc qui illustre le mystérieux romorantin, cheverny propose des blancs sentant le bourgeon de cassis qui séduisent par leur vivacité et leur bonhomie.
Chambord, Beauregard, Villesavin, Troussay et Cheverny… Les innombrables châteaux de cette vieille terre racontent l’histoire de France et la folie des rois. Amateur de vin, François 1er devait marquer de son empreinte le vignoble local en décidant de faire venir 80 000 « plants de Beaune » pour les planter autour du palais qu’il avait envisagé de construire à Romorantin. Maître d’œuvre, Léonard de Vinci mourut trop tôt pour réaliser le projet. Le roi de France choisit finalement Chambord pour faire bâtir le fabuleux château qui devait assurer sa pérennité. Les pieds de vigne restèrent, ils furent baptisés romorantin donnant naissance au cour-cheverny, un vin blanc singulier et rarissime qui fascine les amateurs de curiosités. Vignoble minuscule, seuls 50 hectares de vigne assurent la survie du cépage royal à travers 350 000 bouteilles.
Longtemps, le romorantin fut un mal-aimé, il a même failli disparaître en raison de son caractère rétif et difficile. Avec l’accession de cour-cheverny à l’AOC, il entrait dans la cour des grands, il pouvait faire le beau et donner de l’ambition aux vignerons. Les botanistes lui trouvèrent des liens de parenté avec le sassy de Chablis et le tressalier de Saint-Pourçain et, par certains côtés au chenin de Touraine qui comme lui mûrit tardivement. Raisin fantasque, il traîne derrière lui une ombre de mystère et les vignerons avouent sans honte ne pas tout comprendre de son caractère étrange. Il est rustique, costaud, il résiste bien aux maladies mais il a une tendance naturelle à trop produire. IL doit être bridé pour éviter les rendements pléthoriques. Son plus gros défaut ? Une acidité excessive, il faut savoir attendre la maturité.
FLEUR D’ACACIA, POIRES, AGRUMES…
En goûtant les cour-cheverny et en constatant les grandes différences de qualité, l’évidence parle. La réussite du romorantin apparaît comme une quête, le raisin ressemble à une pierre précieuse qu’il faut sortir de sa gangue. Le but ultime, c’est de trouver l’équilibre en domptant la fraîcheur et en révélant la minéralité. Avec l’élevage en barrique de chêne, on doit aussi chercher le gras et la complexité en faisant travailler les lies. Les meilleurs cour-cheverny répondent bien à cette ambition en exposant le style idéal de l’appellation. Les vins se présentent dans une robe jaune pâle brillante bordée de reflets verts, ils délivrent des arômes de fleur d’acacia, de poire, d’herbes coupées, d’agrumes et parfois de sous-bois. Ardents et fringants, ils allient la finesse et la nervosité, développent un gras chatoyant, exposent une épatante minéralité et terminent souvent sur une somptueuse amertume évoquant les amandes amères. D’une bonne constitution, ils savent vieillir sans problème en dérivant vers des notes de pain d’épices. Certaines années, lorsque le ciel se montre généreux, le romorantin se laisse aller vers des humeurs tendres, il fait le dos rond et délivre le message d’un blanc civilisé qui s’annonce par des arômes de fruits exotiques. Sec, le cour-cheverny crée une union aussi libre que sereine avec les poissons fumés et établit des relations fécondes avec les poissons grillés, les plats de morue, les volailles à la broche et les curies pas trop épicés.
Traditionnellement, le sauvignon façonnait l’identité des blancs de Cheverny, des vins sans grand éclat, souvent d’une acidité stridente et d’une rusticité sans équivoque. Dans les années 1960, le chardonnay fut appelé en renfort pour donner de la rondeur et de la profondeur au sauvignon. Mission accomplie, le cheverny « nouveau » a pris de l’étoffe et du toucher. Si trop souvent, il ne parvient pas à se dévêtir du mauvais caractère du sauvignon, les meilleurs vignerons arrivent à trouver la meilleure maturité et à sublimer le cépage revêche, tirant parti de la finesse du raisin bourguignon. Le cheverny conjugue alors des arômes de bourgeon de cassis, d’agrumes et de fleurs à des notes minérales. Il fait parler la franchise misant sur la fraîcheur, une humeur ardente et une légèreté bien aimable. En rouge, les vignerons semblent d’accord, le cépage prend le pas sur le sol. Traditionnellement, le gamay était associé au cabernet franc et au cot appelé malbec à Cahors. Dans les années 1960, le pinot noir est venu enrichir l’assemblage. Un bon choix, le cépage bourguignon donne de la tenue, un joli fruité et de la finesse aux rouges de Cheverny qui affichent sans vergogne leur franchise et leur gourmandise. Ces vins ne se poussent pas du col, ils délivrent le message simple de rouges honnêtes et intègres qui font la fête avec les rillettes et les andouillettes tourangelles et même un sandre de Loire.
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