CHATEAU DUCRU-BEAUCAILLOU : L’ELEGANCE DU SAINT-JULIEN
Michel Creignou
Beaucaillou ou la signature du terroir. Aucune équivoque, le nom rappelle l’omniprésence des graves sur les terres du domaine. Des graves venues des Pyrénées, datées du quaternaire, les meilleures… Elles affichent une belle dimension, certaines dépassent les 10 centimètres et elles peuvent s’entasser sur une épaisseur de 6 à 8 mètres. Ces cailloux apportés par les rivières aux temps préhistoriques apparaissent comme un facteur de maturité. La nuit, elles restituent la chaleur des chaudes journées d’été sur les grappes de raisin. Culminant à l’altitude modeste de 14 mètres, le vignoble de Ducru-Beaucaillou « regarde la rivière », autre signe évident de sa race. Bien des Grands Crus Classés longent la Gironde et ce n’est pas un hasard. Cette expression suggère l’influence bénéfique et modératrice des eaux du fleuve et de la mer qui éliminent les dangers de gelées printanières.
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En remontant sur le plateau de Saint-Julien, la route dessine une grande courbe avant de foncer dans une mer de vigne. Au loin, le château Ducru-Beaucaillou semble prendre possession de la terre, une grande demeure avec des tours carrées surmontées d’élégantes balustrades. Un petit chemin qui serpente dans le vignoble conduit à la maison. Ni théâtrale ni austère, l’entrée impose l’évidence des choses. La discrétion et la retenue n’empêchent pas l’assurance de la réussite… Une sorte de message laissé par les propriétaires qui ont voulu un château à la mesure de la réputation du vin.
Comme souvent dans le Médoc, la demeure étale un puzzle d’époques et d’architecture. Il semblerait que la partie la plus ancienne remonte à 1720 à la création du domaine. Si l’on ne connaît pas le nom du premier propriétaire, on sait qu’il céda la propriété à Bertrand Ducru en 1795. Selon l’usage de l’époque, il adjoint son nom à celui de Beaucaillou et entreprend le développement du vignoble. Dans les années 1820, la famille Ducru font construire une grande chartreuse qui s’inspire de l’élégant style Directoire. La qualité du vin progresse, il se fait un nom et en 1855, Ducru-Beaucaillou est élu au rang de Second Cru Classé de Bordeaux.
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Onze ans plus tard, la saga Ducru s’arrête, la famille Johnston prend possession des lieux. C’étaient des anglo-irlandais qui avaient débarqué à Bordeaux en 1728 pour se lancer dans le lucratif commerce des vins. Ils régnèrent sur la propriété pendant 60 ans avant de le céder à un négociant bordelais. L’histoire moderne de Ducru-Beaucaillou commence en 1942 avec l’achat de la propriété par Francis Borie. A partir de 1953, Jean-Eugène Borie prend la direction de la propriété, il affirmera l’identité du vin qui atteindra un niveau qu’il n’avait jamais connu.
Chaleureux et gourmand de la vie, Bruno Borie a repris le domaine depuis janvier 2003. C’est un héritier sans aucun doute mais il connaît ses devoirs, il n’est pas du genre à être le rentier du classement de 1855. Son ambition ? Endosser l’habit de « Super Second », un club très fermé qui avoue vouloir taquiner les Premiers Crus. Une démarche qui passe par une réduction drastique des rendements. En quelques années, le nombre de caisses de Grand Vin qui assure le nom et le renom du château est passé de 20 000 à 13 000 caisses. Ce choix drastique qui se chiffre en plusieurs millions d’euros chaque année s’est révélé payant. Un moment constesté par les amateurs, le vin de Ducru-Beaucaillou a retrouvé son rang. Couvrant 55 hectares de l’appellation Saint-Julien traduit la sensibilité médocaine. Avec 70% le cabernet-sauvignon domine, il est complété par 25% de merlot et 5% de cabernet franc.
 
 
 
 
 
 
L’abus d’alcool
est dangereux pour la santé.
Consommer avec modération
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Question style, Bruno Borie n’a rien voulu changer. Enfant du sérail, le vin est dans ses gènes. Son père avait acheté une barrique de Pétrus 1961, c’était le rouge des repas de famille de son adolescence. Pour autant, il reste un « caberniste » invétéré. Il persiste et signe, le cabernet sauvignon doit demeurer l’âme de Ducru-Beaucaillou. Chaque année, il exprime la terre de Saint-Julien qui fait la liaison entre le tendre margaux et le puissant pauillac. Bruno Borie recherche l’équilibre, il refuse l’extraction à outrance et rejette les concentrations démesurées.
Depuis 2003, les millésimes signés par Bruno Borie apparaissent comme l’illustration de la magie médocaine, le signe évident d’une culture et d’un art de vivre. Les vins de Ducru-Beaucaillou racontent l’idée des grands médocs, des rouges aristocratiques qui brillent par leur distinction, leur race et leur extrême élégance. Ils présentent une matière soyeuse, une profondeur et une densité exceptionnelle. Et ajoutent une incroyable complexité et une empreinte voluptueuse qui attise une fin de bouche interminable. Seule condition : avoir la patience de les attendre. Ils ont besoin de temps pour apaiser leur nervosité d’étalon et connaître la plénitude de la maturité.
 

Château Ducru-Beaucaillou
33250 Saint-Julien Beychevelle
tél : 05 56 73 16 73.
Le château se visite du lundi au vendredi de 9H à 12H et de 14H à 17 H, il suffit de téléphoner pour prendre rendez-vous (fermé pendant le mois d’août).